Zenit E

Le Zenit E

Encore un appareil russe mais pas n’importe lequel, le Zenit E.

En plus, celui-ci en particulier, c’est mon épouse qui l’a déniché et l’a trouvé beau avec son grand « sac tout prêt » en cuir noir. Ni une ni deux, elle l’a négocié et emporté pour une bouchée de pain. Se laisserait-elle gagner par ma passion … ?

Si l’appareil, de prime abord, se révèle assez simple, son histoire est surprenante et mérite qu’on s’y attarde un peu car figurez-vous que ce reflex est sans doute celui qui fut le plus fabriqué au monde. On parle de sept à huit millions d’appareils fabriqués entre 1965 et 1988, un record.

La production démarre en 1965 et s’arrête en 1988. Pendant ce temps, KMZ a produit approximativement 3.334.540 Zenit E alors que plus de 5.000.000 seront produit à la MMZ entre 1973 et 1986. Si l’on compte les modèles dérivés, ES, EM, ET, 11 et TTL qui étaient basés sur le Zenit E, on arrive à un total hallucinant de près de 12 millions d’exemplaires.

Ces appareils ont donc été fabriqué dans deux usines, KMZ (Krasnogorski Mechanicheskii Zavod près de Moscou ) et MMZ (Minsk Mechanicheskii Zavod à Vileyka, en Biélorussie). Il faut savoir que l’usine mécanique de KMZ était une usine d’armement, qui produisait des viseurs pour chars et canons, des périscopes pour les sous-marins et des appareils de vision nocturne, dont des lentilles spéciales pour les satellites espion. De l’avis général, la fabrication des appareils photo ressemblait plus à une couverture de façade qu’à une vraie volonté de fabriquer du matériel purement photographique.

Ce qui veut dire que certains changements dans la fabrication de ces appareils ne sont pas clairement établis car classifiés « secret défense ». Il faudra attendre la Perestroïka des années nonante pour y voir plus clair, l’usine KMZ étant déclassifiée.

Pourtant, rien n’est simple car les fondateurs ont tous disparus et les archives se sont souvent éparpillées avant cette « ouverture ». Il reste à analyser les modèles entre eux pour essayer de trouver des réponses aux nombreuses questions que soulève la découverte des modèles différents, qui portent pourtant tous le nom de Zenit E.

Le site Kosmo Foto en est le spécialiste. Ses références sont en bas de l’article, comme d’habitude. Si vous voulez comprendre toutes les subtilités, je vous y donne rendez-vous.

Pour commencer, il faut savoir que l’obturateur est dérivé de celui du Leica II (1933) avec l’ajout d’un miroir et d’une synchronisation du flash (comme le Zorki S). Ce miroir est à retour instantané toutefois, contrairement aux Zenit reflex précédant.

Le changement le plus radical fut le passage de la monture initiale, au filetage M39, à celle plus universelle du M42.

Si vous vous en souvenez, les Zorki et Fed, copies plus ou moins fidèles du Leica d’avant guerre, utilisaient déjà la monture M39. Si celle-ci fut gardée dans un premier temps, c’est qu’elle était la manière la plus facile de concevoir un nouvel appareil sans devoir trop modifier les machines de production. Deux autres appareils utilisaient aussi cette monture, le Zenit Kristall et le Zenit 3M, nous y reviendrons.

Mais au fur et à mesure de la production et de l’ouverture de l’URSS aux exportations, il est devenu nécessaire de délaisser la monture plus ancienne du M39 au profit de la « nouvelle » M42. De fait, pendant quelques années les deux montures se sont côtoyées : M39 pour le marché intérieur car les photographes russes avaient un large parc optique dans cette monture et M42 pour les appareils destinés à l’export. Il en était de même pour le filetage du trépied : 1/4′ pour l’exportation et 3/8′ pour les consommateurs russes.

Finalement, la monture M42 et le filetage 1/4′ se sont imposés. On pense que la transition a eut lieu dès 1967 pour s’affermir au début des années septante, même si des numéros de série laissent encore planer le doute car des appareils plus récents étaient encore construits avec l’ancienne monture. Les collectionneurs apprécient.

D’autant que d’habitude, les numéros de série des appareils russes présentes l’année de fabrication avec les 2 premiers chiffres du numéro. Sauf qu’ici, lorsqu’on arrivait à 9999, on repartait à une autre série. Ce n’était plus dicté par le nombre sorti mais par de la comptabilité interne, pour les pièces notamment. Un vrai casse-tête !

Une autre explication serait que le Zenit 3M, normalement le prédécesseur du Zenit E, aurait encore été produit simultanément de 1965 à 1970. Dès lors il pouvait y avoir des boitiers construits de la même façon mais qui recevaient des « montages « platines » (ou brides) différentes selon les objectifs qu’on allait y monter par la suite.

La volonté de planification et d’unification chez les fabricants soviétiques pourraient d’ailleurs expliquer pourquoi le Zenit 3M (comme le Zenit Kristall) et le Zenit E sont si proches en interne. De nombreuses pièces de l’un sont interchangeables avec l’autre, en tout cas dans les premiers temps de production. Outre la molette des vitesses qui fut strictement la même pendant deux ans sur les deux appareils, la plupart des pièces de l’obturateur, le pentaprisme, le verre dépoli et d’autres détails internes, tels que la bobine réceptrice, étaient également similaires. Cette approche a réduit le coût de reconfiguration des machines et des équipements pour la production de nouveaux modèles. Les objectifs fournis avec les deux appareils photo étaient également les mêmes, les Hélios 44-2.

La grosse différence entre les deux appareils se situait sur le prisme, redessiné pour accueillir une cellule au sélénium non couplée pour le Zenit E.

Etonnant non ?

Cet appareil lourd, peu équipé (une cellule au sélénium non couplée), sans vitesses lentes et limité au 1/500s, avec un viseur peu agréable (un auteur cite « […] qu’il est particulièrement sombre et fait voir le monde en gris ») a pourtant eu un succès énorme.

Vendu à prix dérisoire, il fut, avec les Praktica, responsable de l’engouement d’une bonne partie des amateurs peu argentés à la pratique de la photographie.

A l’époque des Pentax Spotmatic ou des Olympus OM-2, ces appareils représentaient une alternative intéressante.

Pendant la guerre froide, des millions d’exemplaires seront envoyés en Europe. Des entreprises, notamment en Allemagne de l’Ouest comme Foto Quelle l’ont rebaptisé Revueflex E, alors que la chaine Dixons en Angleterre le vendait sous le nom de Prinzflex 500E. Aux USA même, l’importateur Kalimar le vendait sous les noms de SR 200 et SR 300, alors que Cambridge Caméra (Boston) le renommait Cambron SE.

Petite anecdote à ce sujet : dans les années 1970 et 1980, Technical & Optical Equipment (TOE) a importé des centaines de milliers de ces appareils photo, destinés aux amateurs anglais. Ils ont envoyés leurs techniciens chez KMZ à Moscou où ils ont appris sur la chaine de montage même comment ces appareils étaient fabriqués. De retour en Angleterre, ces mêmes techniciens ont démonté et réassemblé chaque Zenit E entrant au Royaume-Uni. Ce sont sans doute là les Zenit E les plus fiables jamais construit ! Car dans ces années-là, le slogan en Russie était « l’économie doit être économe ». La baisse de qualité des appareils russes était en partie due au besoin de faire des économies sur les matériaux, les échelles de production, etc.

Ils sont nombreux ceux qui ont fait leurs premières armes sur cet appareil, avant de se tourner vers des boitiers plus riches en fonctionnalités une fois leur écolage fait et dès qu’ils en ont eu les moyens.

Encore de nos jours, si vous voulez apprendre les rudiments de la photographie argentique sans vous ruiner, il demeure un excellent appareil école (encore une fois comme les Praktica) car le prix reste intéressant, même muni d’un objectif russe, qui sera souvent de qualité, n’en déplaise à certains.

Car la monture M42 vous ouvre un vaste choix d’objectifs : des Pentax (« l’inventeur de la monture universelle M42 »), du Yashica (comme sur cet exemplaire), Praktica, Chinon, Cosina, Ricoh, Fujca et Edixa, sans être exhaustif. Essayez quand même un jour un Helios 44-2 (58mm f2), vous serez surpris de la qualité de cet objectif (mon ami Pierre sera bien d’accord là-dessus). L’appareil sera aussi livré avec un Industar 50-2 (50mm f3,5) moins performant mais plus compact.

A ce sujet, il est amusant mais instructif de lire dans le mode d’emploi « dévisser ou viser l’objectif Industar 50-2 uniquement par la bague moletée de l’échelle de profondeur de champ, mais l’objectif Helios 44-2 par la bague molette de mise au point ». Vous voilà prévenus.

Voici un petit aperçu des objectifs recommandés pour le Zenit E. Il s’agit uniquement ici d’objectifs russes, que l’on connait mal finalement.

J’écrivais donc que le Zenit E est un appareil simple :

Difficile de faire plus simple et pourtant, quand on y fait un minimum attention, le Zenit E est capable de délivrer d’excellentes photographies.

Si ce n’est pas un appareil « glamour », il a un côté rassurant, du style char d’assaut : tout en métal, il approche le kilogramme.

Ci-dessous, quelques remarques auxquelles faire attention pour éviter bien des déboires.

Soyez attentif à la cellule au sélénium. Si elle a été protégée, elle devrait encore vous donner toute satisfaction mais il est probable que le sélénium soit épuisé. Dans ce cas, vous utilisez soit la règle du Sunny 16 ou une cellule indépendante.

La lecture de la mesure se fait avec l’affichage à aiguille sur le capot, à gauche. Il faut tourner la molette autour du bouton de rembobinage jusqu’à ce qu’un anneau sur l’écran se trouve au-dessus de l’aiguille, auquel cas, si la vitesse du film est correctement réglée, vous pouvez lire une gamme de réglages équivalents de l’appareil photo à partir des marquages ​​sur l’anneau. Le compteur descend jusqu’à 30 secondes d’ouverture et f/2, et jusqu’à 1/500ème et f/32.

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